OPEN MOUTH AT THE MOVIES

Le critère de sélection, pour les instants ici présentés, c'est ma bouche ouverte ;-) Alors ce n'est pas forcément un signe de qualité ! On est loin, parfois, donc, de la nuance ou de la complexité. Ici, ce sont des scènes "baffe dans la tronche". Certains appelleraient ça le "syndrome du GHEUUU".





La création du feu dans LA GUERRE DU FEU



La scène du billard, et la poursuite finale dans L'IMPASSE



Ed Harris refuse de ne pas réussir à ranimer sa partenaire dans ABYSS



Julianne Moore s'effondre et se met en colère dans une pharmacie dans MAGNOLIA



Juliette Binoche court et lève les bras à la fin de MAUVAIS SANG



Toshiro Mifune explose de rage face aux samouraï dans LES SEPT SAMOURAI



Rutger Hauer agonise dans la pluie et parle, à la fin de BLADE RUNNER



Sissy Spacek, couverte de sang, se venge dans CARRIE

Split-Screen. Je regarde avec attention la fameuse scène du bal dans Carrie de Brian de Palma : redoutable ! En premier lieu, l'histoire de Stephen King est fort bien troussée. Carrie, donc, vilain petit canard du Lycée, est victime d'une farce : on la fait élire Reine du Bal, puis on lui verse un seau de sang de cochon sur la tête. Hilarité générale. Tendue comme un câble, elle bloque toutes les issues du bâtiment puis se déchaîne sur les participants.


L'aboutissement à cette scène terrible survient après un long passage au ralenti, sans musique, dans laquelle tout se noue extrêmement lentement. L'élection de Carrie, l'arrivée sur la scène, l'attente du couple sous l'escalier qui tient les rênes de la farce macabre, leur découverte (et comment la farce ne peut être stoppée - il y a un chapitre à faire sur "l'empêchement de la solution" chez Brian de Palma).


Cette copie d'écran montre la "création" du split-screen : l'écran se décompose par glissement, pour aboutir à deux parties. Globalement, il s'agit de montrer - c'est le principe de base du split-screen - la simultanéité des points de vue. A partir de là : déchaînement des enfers.

De Palma utilise tous les leviers à sa disposition. En partie, ce sont les mêmes effets dont je parlais pour la techno de Chemical Brothers : tension/soulagement. Mais si !

- D'abord, sur le rythme du film, Carrie est depuis le début victime de brimades, de ses camarades et aussi de sa mère, ce qui a créé jusqu'ici comme une série de ressorts, d'axes, tendus vers la libération qu'est la vengeance.

- Ensuite, il y a ici, bravo Stephen King, toute une nébuleuse de symboles "nets". Les pouvoirs de Carrie sont décuplés par l'arrivée de ses règles. Et c'est du sang qu'elle reçoit sur la tête. L'excitation du couple sous la scène (plans sur les lèvres) est clairement de nature sexuelle. Carrie utilise l'eau, l'électricité, le feu, pour se venger, comme une sorte de déesse de la mort. Elle coupe d'ailleurs une bonne partie des projecteurs, plongeant le monde dans un rouge... sanguin. Etc etc... Il y a en a d'autres dans le film (voir tout le topo sur le pêché avec la mère, la douche du début, le bain après la fête, la crucifixion finale, et... la dernière seconde du film)

- Il y a plus subtil : De Palma utilise le ralenti - et longuement - avant la scène, avant de passer en vitesse normale. Accélération/soulagement.

- Il un un époustouflant montage et travail sur les regards avant la chute du seau : le spectateur est comme devant une toile tissée : Sue voit le dispositif. La prof voit Sue qui voit quelque chose. Sue voit le couple sous la scène. Carrie et Tommy voient leur "manège". Chris, sous l'escalier, qui tient la corde, voit ce que l'on vient de voir. Et nous, on comprend en spectateur impuissant, ce qui est très Hitchockien, je trouve :-).


L'une voit...

L'autre voit que l'une voit que...


- La musique est capitale : une sorte de marche immobile pendant la découverte de la farce, puis tout se tait, bruitage et musique, lorsque le sang se répand : on n'entend plus que le ruissellement, ce qui crée une sorte d'apnée, une attente, comme un ressort qui se tend. D'ailleurs, les rires apparaissent vite, mais ON NE LES ENTEND PAS.


- Ensuite, on a droit à un montage totalement irréel, de voix répétitives (on dirait du Steve Reich !).

- Alors, De Palma fait exactement comme on fait maintenant dans la grosse techno : on arrête toute la rythmique, on fait un trou, avant de relancer la machine plus fort. Ici, il quitte le "champ de bataille" pour montrer le couple responsable de la farce se sauver par derrière : tous les bruitages bizarres s'arrêtent, c'est un plan très court. Les deux zozos rigolent, se barrent en courant, et Billy (Travolta) se cogne sur... une cymbale. Comme un coup de cymbale qui déclenche quelque chose, truc classique en musique...

- Retour sur Carrie, pour un déclenchement très musical : A : retour des voix répétitives B : l'écran se splite par glissement C : Carrie donne trois coup de tête, pour fermer les portes, puis les lumières. C'est d'ailleurs, si on fait bien attention, un acte très rythmique. Décomposons, car c'est plus compliqué :

1 Split par écartement
2 Porte 1 fermée
3 Porte 2 fermée
4 Porte 3 fermée
5 Split par glissement (Carrie glisse à gauche de l'écran)
6 Projecteurs éteints
7 La Musique commence/ Carrie se dédouble dans les deux parties du split-screen (voir ci-dessous) :


. A ce moment précis (c'est une vraie symphonie), apparaît une seule note d'orchestre, une seule note tendue, sombre et tirée. De Palma, après ce faisceau d'attentes, a splité l'écran, expliqué ce qu'il allait faire avec (Carrie/Actions de Carrie), lancé la musique, installé la lumière, et crée alors, pour le spectateur, quelque chose de très trouble : il vous fait littéralement jouir de ce qu'elle va faire aux autres...

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Il se sert du split-screen de la même façon que Carrie dégomme tout le monde : méthodiquement. Plans larges, split, regards, eau, feu, etc...

De Palma, il me semble, utilisera cet effet plus tard, mais toujours pour des scènes lentes, ou complexe, et jamais plus dans l'action. Parfois, très drôlement (l'interview du révérend dans Bonfire of the Vanities).

Bon, c'est confus, pardon, et sanglant. C'est que j'adore ce film, et j'ai été lancé par un email (hello Dandelion !) :-)











La "panique lente" dans le vaisseau criblé de MISSION TO MARS



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