Je me crois en enfer, donc j'y suis.
Rimbaud

... l'invention de la réalité ...











( A SUIVRE )
- Cet homme vous invective; ne vous injurie-t-il pas ?
- Non, car ce qu'il dit ne s'applique pas à moi.

Diogène, cité par Schopenhauer.
Voici quelqu'un qui surgit dans votre face et vous annonce que vous êtes un asticot :

"Tu n'es qu'un asticot".

Vous vous mettez en colère, vous lui répondez que

"D'abord, c'est même pas vrai, je suis pas un asticot",

et ensuite vous faites la même chose avec lui :

"Et toi, tu es une crevette".

A la fin, tout le monde se bagarre, c'est pas joli joli.

Quand on veut vous agresser, on vous définit, on dit "tu es ceci" ou "tu es cela". L'agresseur parle d'une réalité extérieure, et c'est pour ça qu'on se met en colère, on n'est pas du tout d'accord avec cette définition de la réalité.

Mais si on observe la réponse de Diogène, à la phrase "Tu es un âne", on peut répondre "C'est ton opinion" (sous-entendu : ce n'est pas la réalité, mais simplement ce que tu penses, toi, de moi).

Cette espèce de grammaire bizarre a été développée par Jacques Salomé. C'est un bon "grammairien", qui vous apprend à bien vous disputer.

Je me suis amusé, en exagérant, comme il convient, à développer cette idée dans Koan Jet, le journal de l'Otaku. Il y a plus de détail dans ma page Premiers secours.
La principale conséquence, quand ceci est acquis, c'est que le sens de l'honneur disparaît. On peut vous traîter de tous les noms possibles, ça n'a aucune importance, puisque cela ne s'applique pas à vous. Autrement dit, l'opinion d'autrui sur vous n'est pas la réalité.

La seule chose qui est en votre possession, c'est ce que l'on est, et on se crée beaucoup de problèmes parce qu'on se soucie de ce que l'on représente dans l'opinion d'autrui. Schopenhauer développe tout ça avec beaucoup d'humour, et tout un paquet de comportements humains sont mis en charpie, du sens de l'honneur à ce qu'on appellerait maintenant la FRIME.

De plus, quand on se rend compte que ce que l'on prend pour réalité objective n'est qu'une histoire de perception, 90 pour cent des causes de conflits disparaissent immédiatement, plop !

Malheureusement, la plupart des gens sont de braves idiots, et écrivent dans les newsgroups LA TECHNO C'EST NUL, ou LES PC C'EST NUL. Voilà, ils crient à tous vents que leur propre opinion est une vérité objective. Hélas, l'amateur de techno qui possède un PC a parfaitement le droit de dire "Eh, coco, c'est TON opinion, et ça n'est pas la mienne, affaire suivante". La Paix, ai-je envie de dire...
Il faut absolument lire tout le chapitre "De ce que l'on représente", dans le livre de Schopenhauer : Aphorismes sur la Sagesse dans la Vie (Quadrige - PUF). Si vous avez le courage, attaquez l'oeuvre maîtresse du même bonhomme : Le Monde comme Volonté et comme Représentation. Malgré ces titres compliqués, Schopenhauer est, du point de vue du style, facile à lire.

Pour ces histoires de relations humaines, il suffit de lire de Jacques Salomé : Si je m'Ecoutais je m'Entendrais (avec S. Galland, chez Les Editions de l'Homme). Le seul problème avec Salomé c'est que c'est parfois Cul-cul la praloche. Mais ceci dépend de votre perception n'est-ce pas ;-)))
"Le processus de maturation qui devrait conduire l'homme vers plus de lui-même passe par le dégagement progressif du besoin d'être aimé et approuvé".

J. Salomé, Si je m'Ecoutais je m'Entendrais.

"Le souci de sa propre image, voilà l'incorrigible immaturité de l'homme".

Milan Kundera, L'Immortalité.

"Je suis une carotte, est-ce qu'on ne remarque pas ma couleur orangée ?".

Chogyam Trungpa, Le Mythe de la Liberté.
"L'esprit tourmenté par toi-même cessera si tu ne nourris plus la tourmente. Le tourmentateur, c'est toi".

Bernard Leblanc-Halmos
Dans la page Premiers secours, cette idée-ci revient tout le temps. Au début, c'est un peu curieux à comprendre. Toute notre éducation, en fait, tend à nous montrer que le monde extérieur agit sur nous. Quand quelqu'un vous quitte, vous voilà désespéré. On accuse l'autre de nous faire souffrir. De manière générale, le monde s'agite autour de nous, et on se dit que tout ça nous rentre dans la tête et nous fait souffrir.

Naturellement, c'est autre chose qui se passe : le monde s'agite autour de nous, nous percevons cela et nous fabriquons dans notre tête, telle ou telle réaction. Quand quelqu'un me quitte, c'est moi qui fabrique la souffrance. Révoltant ?

"Aussi longtemps que l'on contribue à reporter la faute sur quelqu'un d'autre (les enfants, l'époux, les amis) ou sur quelque chose d'extérieur (le système scolaire, les mauvaises influences, etc.), les problèmes persistent"

Scott Peck, Le Chemin le moins Fréquenté.
Il me semble que cela a une conséquence "éthique" importante, celle de la responsabilité. Aux Etats-Unis, la manie de porter n'importe quel problème devant la loi montre que les gens ne cherchent jamais la cause de leurs problèmes en eux ou dans leur comportement, mais toujours à l'extérieur. La faute, c'est toujours à l'autre ou à l'Etat ou je ne sais quoi d'extérieur, jamais à cause de sa propre imbécilité.

Beaucoup de ce que l'on trouve dans les philosophie orientales, dans le zen, en particulier, concerne l'idée de cette séparation entre ce qui est et ce que l'on en fait dans notre tête.
Chez les orientaux, il faut à tout prix lire Se Libérer du Connu (Stock), de Krishnamurti, et les livres de Chogyam Trungpa (comme Le Mythe de la Liberté, ou Pratique de la Voie Tibétaine, chez Point Sagesses). C'est Brian Eno qui m'a fait découvrir Trungpa; il en parle souvent dans ses interviews...

Se bagarrer avec les orientaux est salutaire, et développe le sens de l'humour. Vous trouverez tout seul des tas de bouquins sur le zen. Le plus facile est sans doute le classique Soyez Zen de Charlotte J. Beck.
"Observer sans conclure"

Krishnamurti

"...la dérisoire conviction d'avoir raison"

C. J. Beck

Solipsisme (Philo) : Théorie selon laquelle il n'y aurait pour le sujet pensant d'autre réalité que lui-même.
L'idée que nous inventons notre réalité ne date pas d'hier. Les précurseurs semblent être Hume, Berkeley, et naturellement Schopenhauer. (George Berkeley : Principes de la connaissance humaine. David Hume : Essai sur l'entendement humain).

Borges est familier de cette idée. C'est la base de la nouvelle Les Ruines Circulaires (extraordinaire !) que l'on trouve dans Fictions (Folio), et d'un poème sur les rêveurs du monde, que j'ai recopié dans la page Citations (chercher Point du Jour, que j'ai trouvé dans l'indispensable Pléïade).
C'est un jeu de l'esprit que j'aime beaucoup. On retrouve cela de façon beaucoup plus sérieuse dans la Mécanique Quantique et la fameuse parabole du Chat de Schrödinger (un électron ne peut être étudié que du point de vue de sa vitesse ou bien de sa trajectoire, mais pas les deux, et cela dépend de ce que l'observateur décide d'observer).

Dans la page sur les Jeux de l'esprit, les célèbres Lois de Murphy sont des constructions exagérées de l'esprit. Un humour explosif, qui ajoute un sens à quelque chose qui n'en a naturellement aucun. Une exagération de nos travers, qui peut agir comme une thérapie amusante ("Le monde est exactement fabriqué pour me faire chier", semblent dire les lois de Murphy, appelées en français LEM ("Lois de l'Emmerdement Maximum").
Il y a Deux Faces à toutes les choses, ou autant que vous le voulez, même. Cela dépend comment vous décidez de les regarder.
Sur le Web, on peut aller voir la page fascinante de Vahé Zartarian. Ce gars s'amuse beaucoup avec l'idée que nos pensées créent le monde. C'est d'ailleur le titre de son dernier bouquin. L'immatérialité de la matière (la Lyse) est fascinante.





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